Traverser le deuil au Canada : ce qui aide vraiment, quand consulter et où trouver du soutien

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Traverser le deuil au Canada : ce qui aide vraiment, quand consulter et où trouver du soutien

Il n'existe pas de façon juste de traverser le deuil. Il arrive différemment pour chacun, ne suit aucun calendrier fixe, et ne se résout pas selon un échéancier qui convient aux personnes qui entourent ceux qui le vivent. Ce que la recherche offre, c'est une image plus claire de ce qui tend à aider, de ce qui tend à compliquer les choses, et du moment où il vaut la peine de chercher du soutien professionnel.

Le deuil ne suit pas de mode d'emploi. Il arrive à des moments imprévus, prend des formes que personne n'anticipe, et refuse de se plier aux attentes des gens qui nous entourent. Ce que la recherche peut offrir, c'est une meilleure compréhension de ce qui aide, de ce qui peut compliquer les choses, et du moment où consulter un professionnel fait une vraie différence.

Ce guide fait le point sur ce qu'on sait du deuil, sur les signes qui indiquent qu'un soutien supplémentaire serait utile, et sur les ressources disponibles partout au Canada.

En résumé

Le deuil est une réponse humaine normale à une perte, pas un problème à régler. La majorité des personnes le traversent avec le temps, appuyées par leurs proches et leur communauté. Pour certaines, l'expérience s'installe durablement et commence à nuire à la vie quotidienne, et c'est là que le soutien professionnel fait toute la différence. Des approches thérapeutiques bien documentées, comme la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie du deuil prolongé, ont fait leurs preuves. Et peu importe où l'on se trouve au Canada, des ressources nationales, provinciales et en ligne existent pour ceux qui en ont besoin.

Ce qu'est réellement le deuil

Le deuil n'est pas une seule émotion. C'est un processus qui touche tous les aspects d'une personne : ses émotions, son corps, sa façon de penser, ses relations, et parfois sa spiritualité. Tristesse, colère, confusion, engourdissement, soulagement, culpabilité, épuisement profond : tout cela peut coexister, parfois dans la même journée, sans ordre particulier.

Quelques idées reçues méritent d'être mises de côté.

Le deuil ne suit pas des étapes prévisibles. Le modèle des cinq étapes du deuil, omniprésent dans la culture populaire, a été conçu à l'origine pour décrire les réactions des personnes face à leur propre diagnostic de maladie terminale, pas pour décrire le deuil après une perte. La recherche est claire là-dessus : le deuil est un processus profondément individuel, non linéaire, qui va et vient plutôt que de progresser en ligne droite.

Il ne prend pas fin à un moment précis. L'intensité du deuil diminue généralement avec le temps, mais il ne disparaît pas. Beaucoup de personnes remarquent qu'il devient moins fréquent plutôt que moins intense, et que certaines dates, certaines odeurs ou certains moments inattendus peuvent le ramener à la surface des années plus tard. C'est tout à fait normal.

Ce n'est pas la même chose que la dépression, même si les deux peuvent se ressembler. Tristesse, retrait social, perte d'intérêt pour les activités du quotidien : ces expériences sont communes aux deux. Mais le deuil et la dépression répondent différemment à l'intervention, et vivre un deuil intense ne veut pas automatiquement dire qu'une aide clinique est nécessaire.

Ce que la recherche dit sur ce qui aide

La recherche sur le deuil a beaucoup avancé au cours des vingt dernières années. Quelques constats se dégagent de façon solide.

Rester en contact avec les autres

Le lien social est l'un des facteurs les mieux documentés pour traverser une perte. Pas question de faire semblant d'aller bien pour les autres : il s'agit plutôt de maintenir des relations, d'accepter le soutien quand il se présente, et d'éviter de s'isoler durablement. Les personnes qui s'en sortent mieux à long terme sont celles qui restent en lien, même quand c'est difficile.

Laisser de la place à l'expérience plutôt que de la fuir

L'un des facteurs de risque les mieux documentés pour un deuil prolongé, c'est l'évitement : se noyer dans l'occupation pour ne jamais s'arrêter, réprimer les souvenirs de la personne décédée, ou minimiser la perte pour continuer à fonctionner. À court terme, c'est humain et parfois nécessaire. Quand ça devient la stratégie principale sur une longue période, la recherche montre que les difficultés tendent à s'installer plutôt qu'à se dissoudre.

Ça ne veut pas dire chercher la douleur activement. Ça veut dire se permettre d'avoir les pensées et les souvenirs qui viennent, sans nécessairement les repousser.

Alterner entre la perte et la vie qui continue

Le modèle du double processus, un cadre théorique influent en recherche sur le deuil, décrit comment les personnes naviguent naturellement entre deux pôles : faire face à la perte elle-même, et reprendre pied dans les exigences pratiques et sociales d'une vie transformée. Les deux sont nécessaires. Les personnes qui s'adaptent bien ne restent pas bloquées dans l'un ou dans l'autre, elles oscillent entre les deux.

Prendre soin de son corps

Le lien entre le deuil et le corps est bien documenté. Les troubles du sommeil, les changements d'appétit, l'affaiblissement du système immunitaire et l'épuisement physique font partie du tableau courant. Manger régulièrement, bouger un peu, dormir : ça ne règle pas le deuil, mais ça préserve la capacité de le traverser.

Trouver un sens avec le temps

Beaucoup de personnes finissent par intégrer la perte dans le récit de leur propre vie, sans que ça nécessite une résolution ou une conclusion définitive. Ça peut prendre la forme d'une façon de garder un lien avec la personne décédée, de trouver un sens dans la relation elle-même, ou de découvrir un nouveau sens dans ce qui vient après. Ce processus est lent, non linéaire, et ne peut pas être forcé.

Quand consulter

La plupart des gens traversent le deuil sans avoir besoin d'aide professionnelle. Mais certains signes indiquent que la situation mérite une attention particulière.

Ce qui devrait vous inciter à consulter

Voici quelques situations où un soutien professionnel ferait une vraie différence :

  • Un deuil qui reste aussi intense plusieurs mois après la perte qu'il l'était dans les premiers jours, sans aucun changement de qualité ou de fréquence
  • Des difficultés persistantes à assumer les responsabilités du quotidien sur une longue période
  • Un sentiment d'être incapable d'envisager l'avenir ou de reprendre une vie qui a du sens
  • L'utilisation d'alcool ou d'autres substances pour tenir le coup émotionnellement
  • Des pensées de mettre fin à ses jours, ou de vouloir mourir pour retrouver la personne décédée
  • Des changements importants dans la santé physique sans explication médicale
  • Un isolement total, avec retrait progressif de toutes les relations et activités

Aucun de ces signes n'est une preuve de faiblesse. C'est simplement l'indication que le deuil a pris une forme plus complexe que ce que l'entourage seul peut accompagner.

Le trouble de deuil prolongé

En 2022, le trouble de deuil prolongé a été officiellement reconnu comme diagnostic clinique dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Il se caractérise par une souffrance intense et persistante liée à la perte, accompagnée d'une difficulté à accepter le décès, qui dure au moins douze mois chez les adultes et au moins six mois chez les enfants à un niveau cliniquement significatif. On estime qu'il touche environ dix pour cent des personnes en deuil.

Cette reconnaissance officielle a permis l'accès à des traitements ciblés et éprouvés. Elle a aussi aidé les personnes touchées à comprendre que ce qu'elles vivent n'est pas un signe que quelque chose cloche fondamentalement en elles, mais une forme de deuil qui répond bien à un accompagnement spécifique.

Les approches qui ont fait leurs preuves

Plusieurs approches thérapeutiques sont appuyées par des essais cliniques sérieux et montrent des résultats concluants pour les deuils compliqués ou prolongés.

La thérapie cognitivo-comportementale adaptée au deuil aide à identifier et à remettre doucement en question les schémas de pensée qui maintiennent la souffrance : culpabilité persistante, conviction que la vie n'a plus de sens, évitement des souvenirs. Elle comprend aussi un travail graduel de réengagement avec ces souvenirs et avec la vie quotidienne.

La thérapie du deuil prolongé, conçue spécifiquement pour les deuils compliqués, combine un travail de motivation, une revisitation progressive de l'histoire de la perte, et un accompagnement vers une vie transformée. Elle a été étudiée dans plusieurs essais contrôlés randomisés avec des résultats solides.

La thérapie d'acceptation et d'engagement aide à accueillir les émotions difficiles sans lutter contre elles, tout en reconfirmant contact avec ce qui compte dans sa vie.

Ces approches sont offertes par des thérapeutes formés, généralement sur huit à seize séances, en individuel ou en groupe. La thérapie en ligne a montré des résultats comparables dans plusieurs études.

Une note sur les enfants et les adolescents

Les jeunes vivent le deuil différemment des adultes, et leur deuil ne ressemble pas toujours à de la tristesse. Changements de comportement, difficultés à l'école, plaintes physiques sans cause apparente, régression vers des comportements plus jeunes : voilà autant de façons dont la perte peut se manifester chez un enfant ou un ado.

Quelques choses aident concrètement. Des explications honnêtes et adaptées à l'âge. Le maintien d'une routine dans la mesure du possible. La permission de poser des questions et d'exprimer ce qui est ressenti. Des adultes capables de parler de la personne décédée sans changer de sujet.

Aviser l'école quand un enfant traverse une perte importante, c'est une démarche simple qui peut faire une grande différence. Les écoles ont accès à du soutien en counseling, et les enseignants peuvent être une présence stabilisatrice quand ils comprennent ce que vit l'élève.

Des programmes spécialisés pour les enfants et les jeunes en deuil existent à travers le Canada, notamment via l'Alliance canadienne pour les enfants et les jeunes en deuil, qui regroupe plus de 90 organisations travaillant spécifiquement dans ce domaine.

Organismes et ressources au Canada

Les organismes suivants offrent du soutien au deuil partout au Canada, pour la plupart sans frais.

Hospice virtuel canadien

L'Hospice virtuel canadien offre de l'information gratuite révisée par des professionnels sur les soins palliatifs et le deuil, ainsi qu'un service de questions à un professionnel en ligne. La plateforme MonDeuil.ca, développée par cet organisme, propose des modules de soutien au deuil entièrement gratuits, accessibles à tous sans référence. C'est l'une des ressources les plus complètes disponibles à l'échelle nationale, avec du contenu adapté à différents types de pertes.

Site web : mondeuil.ca

Association canadienne de soins palliatifs

L'Association canadienne de soins palliatifs coordonne chaque année la Journée nationale du deuil, le troisième mardi de novembre, et tient un répertoire national de ressources avec des liens vers des programmes provinciaux et communautaires. Un bon point de départ pour trouver du soutien près de chez soi.

Site web : acsp.net

Alliance canadienne pour le deuil

L'Alliance canadienne pour le deuil est une coalition nationale dont la mission est d'améliorer le soutien aux personnes en deuil partout au Canada. En 2023, le gouvernement fédéral lui a accordé un million de dollars pour développer des ressources et des systèmes de soutien. Sa plateforme offre de l'information sur le deuil, des résultats de recherche et des liens vers des ressources de soutien.

Site web : aboutgrief.ca

Familles endeuillées

Familles endeuillées offre des programmes de soutien entre pairs dans plusieurs provinces, avec un réseau de références à portée nationale. Les programmes sont animés par des personnes ayant elles-mêmes vécu une perte, et sont disponibles en personne et en ligne.

Site web : bereavedfamilies.net

Les Amis compatissants du Canada

Les Amis compatissants offrent un soutien spécifiquement destiné aux parents et grands-parents ayant perdu un enfant, peu importe l'âge de l'enfant ou la cause du décès. Groupes de soutien entre pairs et connexions individuelles avec des personnes ayant vécu la même expérience.

Site web : tcfcanada.net

Alliance canadienne pour les enfants et les jeunes en deuil

Ce réseau national regroupe plus de 90 organisations et professionnels travaillant à rendre le soutien au deuil accessible aux enfants et à leurs familles. Leur répertoire aide à trouver des programmes adaptés à chaque province et situation.

Site web : grievingchildrencanada.org

Ligne de crise

Si des pensées de mettre fin à ses jours sont présentes, contacter une ligne de crise est une étape importante. La ligne d'aide à la prévention du suicide 9-8-8 est disponible partout au Canada par appel ou texto, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, dans les deux langues officielles.

Trouver du soutien près de chez soi

Les organismes nationaux sont utiles pour s'orienter, mais le soutien au deuil est souvent plus significatif quand il est local et humain. Quelques pistes concrètes :

  • Contacter directement un hospice ou un programme de soins palliatifs de la région. La plupart offrent un suivi de deuil aux familles accompagnées, et beaucoup ouvrent leurs programmes à la communauté plus largement.
  • Demander une référence à son médecin de famille ou à une infirmière praticienne. Ils peuvent orienter vers des professionnels en santé mentale, des programmes hospitaliers de soutien au deuil ou des services communautaires.
  • Contacter un centre de santé mentale communautaire. La plupart des provinces financent des services publics de counseling qui incluent l'accompagnement en deuil.
  • Consulter le répertoire de l'Association canadienne de soins palliatifs à acsp.net pour des ressources propres à chaque province.

Au Québec, l'Association québécoise de soins palliatifs et la Maison Michel-Sarrazin offrent des programmes de soutien au deuil entièrement en français.

Pour ceux qui n'ont pas accès à du soutien en personne

L'accès à des services en personne est inégal au Canada, particulièrement dans les régions rurales, éloignées ou nordiques. Le soutien en ligne et par téléphone comble une partie importante de cette lacune.

MonDeuil.ca est entièrement disponible en ligne, sans référence requise. Plusieurs thérapeutes spécialisés en deuil offrent aussi leurs services par vidéo. Les groupes de soutien entre pairs de Familles endeuillées et des Amis compatissants sont accessibles virtuellement, peu importe où l'on se trouve au pays.

Questions fréquentes

Combien de temps dure le deuil?

Il n'y a pas de réponse standard. Pour la plupart des gens, la période la plus intense évolue au fil de la première année, mais le deuil peut ressurgir bien après, souvent à l'occasion de dates ou de moments inattendus. La vraie question n'est pas combien de temps ça dure, mais dans quelle mesure ça affecte la capacité à fonctionner au quotidien.

Est-ce normal de ressentir du soulagement après un décès?

Oui, tout à fait. Le soulagement est une réaction fréquente, surtout après une longue maladie, une relation difficile ou un décès qui a mis fin à une souffrance prolongée. Ça ne dit rien sur l'amour ou l'attachement envers la personne décédée. Ce soulagement s'accompagne souvent d'un sentiment de culpabilité, lui aussi tout à fait courant.

Quelle est la différence entre le deuil et la dépression?

Les deux peuvent se ressembler : tristesse, retrait, difficulté à avancer. Dans le deuil, ces états sont généralement liés à la perte et varient en intensité. Dans la dépression, l'humeur basse est plus constante et envahissante. Les deux peuvent coexister. Un médecin ou un professionnel en santé mentale peut aider à distinguer l'un de l'autre et à orienter vers la bonne ressource.

Parler de la personne décédée aggrave-t-il les choses?

Les études tendent à montrer le contraire. Pouvoir nommer la personne décédée, partager des souvenirs et être écouté sans que le sujet soit esquivé aide à intégrer la perte. C'est souvent l'évitement du sujet, de la part de la personne en deuil ou de son entourage, qui est associé à des difficultés prolongées.

À quel moment faut-il consulter pour un enfant?

Quand le deuil nuit significativement à la capacité de l'enfant à aller à l'école, à entretenir des amitiés, à dormir ou à manger sur une période prolongée. Un pédiatre, un conseiller scolaire ou un programme de santé mentale jeunesse peut aider à évaluer ce dont l'enfant a besoin.

Sources

Ce billet s'appuie sur les travaux publiés par l'Association canadienne de soins palliatifs, l'Alliance canadienne pour le deuil, l'Hospice virtuel canadien, l'Alliance canadienne pour les enfants et les jeunes en deuil, le gouvernement du Canada, et des recherches évaluées par les pairs parues dans JAMA Psychiatry et Behavioural and Cognitive Psychotherapy. Ce contenu est offert à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis clinique ou médical. Pour toute situation personnelle, la consultation d'un médecin ou d'un professionnel qualifié en santé mentale est recommandée.

Ce guide couvre ce que l'on sait sur la façon de traverser une perte, les signes qu'un soutien supplémentaire pourrait être utile, et les organismes à travers le Canada qui le fournissent.

En résumé

Le deuil est une réponse naturelle à une perte, pas un trouble à corriger. La plupart des gens le traversent avec le temps, grâce au soutien des personnes qui les entourent. Pour certains, l'expérience devient prolongée ou considérablement invalidante, et c'est là que le soutien professionnel fait la plus grande différence. Les approches fondées sur les données probantes, notamment la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie du deuil prolongé, bénéficient d'un solide appui de la recherche. Partout au Canada, un éventail d'organisations nationales, de programmes provinciaux et de ressources en ligne est disponible, peu importe la région ou la situation.

Ce qu'est vraiment le deuil

Le deuil n'est pas une émotion unique. C'est un processus qui touche toutes les dimensions d'une personne : émotionnelle, physique, cognitive, sociale, et parfois spirituelle. Les personnes qui traversent une perte peuvent ressentir de la tristesse, de la colère, de la confusion, un engourdissement, du soulagement, de la culpabilité et un épuisement profond, parfois dans la même journée et pas nécessairement dans un ordre particulier.

Quelques points valent la peine d'être compris sur le fonctionnement réel du deuil.

Il ne suit pas des étapes de façon linéaire. Le concept d'étapes du deuil, largement répandu dans la culture populaire, a été développé à l'origine pour décrire comment les gens répondent à leur propre diagnostic terminal, et non au deuil. La recherche a constamment montré que le deuil n'est pas une séquence fixe d'états émotionnels, mais un processus hautement individuel, non linéaire et souvent oscillant.

Il ne prend pas fin à un moment précis. Le deuil tend à diminuer en intensité avec le temps, mais il ne disparaît pas. Beaucoup de personnes constatent que le deuil devient moins fréquent plutôt que moins intense, et que des dates significatives, des déclencheurs sensoriels ou des moments inattendus peuvent le faire resurgir, même des années après un décès. C'est normal.

Il n'est pas la même chose que la dépression, bien qu'ils puissent se chevaucher. La tristesse, le retrait et la perte d'intérêt pour la vie quotidienne sont des caractéristiques communes aux deux. La distinction est importante parce que les deux répondent différemment au traitement, et parce que toute expérience intense de deuil ne nécessite pas une intervention clinique.

Ce que la recherche dit sur les stratégies d'adaptation

La recherche sur le deuil s'est considérablement développée au cours des deux dernières décennies. Quelques approches ont accumulé les données probantes les plus solides.

Maintenir le lien avec les autres

La connexion sociale est l'un des facteurs les plus constamment appuyés par la recherche pour traverser une perte. Cela ne signifie pas performer un bien-être pour le bénéfice des autres. Cela signifie maintenir des relations, accepter le soutien quand il est offert, et ne pas s'isoler de façon durable. Les personnes qui s'en sortent mieux avec le temps sont celles qui restent connectées, même lorsque la connexion demande un effort.

Permettre l'expérience plutôt que l'éviter

L'un des prédicteurs les plus étudiés des difficultés prolongées dans le deuil est l'évitement : s'occuper au point de ne jamais s'asseoir avec la perte, supprimer les souvenirs de la personne décédée, ou minimiser l'importance du décès pour pouvoir fonctionner. L'évitement à court terme est un mécanisme d'adaptation naturel et parfois nécessaire. Lorsqu'il devient la stratégie principale, la recherche suggère qu'il tend à prolonger plutôt qu'à réduire les difficultés avec le temps.

Cela ne signifie pas chercher délibérément la douleur. Cela signifie permettre aux souvenirs, aux sentiments et aux pensées sur la personne décédée d'être présents sans nécessairement essayer de les repousser.

Trouver un équilibre entre la perte et la restauration

Le modèle du double processus, l'un des cadres les plus influents de la recherche sur le deuil, décrit comment les personnes oscillent naturellement entre deux orientations : confronter la perte directement, et tourner son attention vers les exigences pratiques et sociales d'une vie transformée. Les deux sont nécessaires. Ni l'un ni l'autre n'est suffisant seul. Les personnes qui s'adaptent bien ont tendance à passer de l'un à l'autre, plutôt que de rester bloquées dans l'un ou l'autre.

Prendre soin de soi physiquement

Le lien entre le deuil et le corps est bien établi. Les perturbations du sommeil, les changements d'appétit, la diminution de la fonction immunitaire et l'épuisement physique sont courants dans le deuil. Maintenir des soins physiques de base, notamment le sommeil, le mouvement et des repas réguliers, ne résout pas le deuil, mais soutient la capacité de le traverser.

Trouver du sens avec le temps

La recherche suggère que de nombreuses personnes finissent par trouver une façon d'intégrer la perte dans leur compréhension de leur propre vie, sans que la perte nécessite une résolution ou une conclusion. Cela peut impliquer de trouver des façons de maintenir un sentiment continu de connexion avec la personne décédée, d'identifier un sens dans la relation elle-même, ou de trouver un but dans ce qui suit. Ce processus n'est pas linéaire et ne peut pas être forcé ni planifié.

Quand consulter un professionnel

La plupart des personnes traversent le deuil avec le soutien de la famille, de proches et de la communauté, sans nécessiter d'intervention clinique. Il existe des circonstances où le soutien professionnel vaut la peine d'être recherché, et où il fait une différence significative.

Signes qu'un soutien supplémentaire pourrait aider

Quelques situations suggèrent qu'un soutien professionnel serait bénéfique :

  • Un deuil qui reste aussi intense plusieurs mois après la perte qu'il l'était dans les premières semaines, sans aucun changement de qualité ou de fréquence
  • Des difficultés persistantes à s'acquitter des responsabilités quotidiennes sur une période prolongée
  • Un sentiment d'être complètement incapable d'imaginer un avenir ou un engagement continu dans la vie
  • L'utilisation continue d'alcool ou d'autres substances pour gérer la douleur émotionnelle
  • Des pensées de mettre fin à sa vie, ou de vouloir mourir pour retrouver la personne décédée
  • Des changements significatifs dans la santé physique qu'un médecin n'a pas pu expliquer
  • Un isolement profond, incluant le retrait de toutes les relations et activités

La présence de l'un de ces éléments n'est pas un signe de faiblesse ou d'échec. C'est une indication que le deuil est devenu plus complexe que ce que le soutien social seul peut traiter.

Le trouble de deuil prolongé

En 2022, le trouble de deuil prolongé a été officiellement reconnu comme diagnostic clinique dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Il se caractérise par un désir intense retrouver la personne décédée et une difficulté à accepter la perte, persistant à un niveau cliniquement significatif pendant au moins douze mois après le décès chez les adultes, et au moins six mois chez les enfants. On estime qu'il touche environ dix pour cent des personnes en deuil.

La reconnaissance comme diagnostic clinique est importante parce qu'elle a ouvert la voie à des traitements spécifiques fondés sur les données probantes et a contribué à réduire le sentiment des personnes touchées d'avoir quelque chose de fondamentalement problématique en elles, plutôt que de comprendre que leur deuil a pris une forme qui répond bien à un soutien ciblé.

Approches soutenues par la recherche

Plusieurs approches thérapeutiques ont été étudiées dans des essais cliniques et montrent des bénéfices significatifs pour les personnes qui vivent un deuil compliqué ou prolongé.

La thérapie cognitivo-comportementale adaptée au deuil fonctionne en identifiant et en remettant doucement en question les schémas de pensée qui maintiennent les difficultés, comme la culpabilité persistante, la conviction que la vie n'a aucun sens sans la personne décédée, ou l'évitement des rappels. Elle implique également de réintroduire progressivement un engagement avec les souvenirs du défunt et avec la vie quotidienne.

La thérapie du deuil prolongé, développée spécifiquement pour le deuil compliqué, combine des éléments de travail motivationnel, de revisitation de l'histoire de la perte, et de travail sur l'adaptation à une vie transformée. Elle a été étudiée dans plusieurs essais contrôlés randomisés et montre des résultats solides.

La thérapie d'acceptation et d'engagement aide les personnes à accepter les émotions difficiles sans lutter contre elles, tout en se reconnectant avec leurs valeurs personnelles et ce qui compte pour elles dans leur vie en cours.

Ces approches sont dispensées par des thérapeutes formés, généralement sur huit à seize séances, et sont disponibles en formats individuel et de groupe. La prestation en ligne a également montré des résultats comparables dans plusieurs études.

Une note sur les enfants et les jeunes

Les enfants et les adolescents vivent le deuil différemment des adultes, et leur deuil ne ressemble pas toujours à de la tristesse. Les changements de comportement, les difficultés à l'école, les plaintes physiques et la régression vers des comportements antérieurs sont autant de façons dont la perte peut se manifester chez les jeunes.

Quelques choses aident. Des informations honnêtes et adaptées à l'âge sur ce qui s'est passé. Maintenir une routine dans la mesure du possible. La permission de poser des questions et d'exprimer ce qui est ressenti. Des adultes prêts à parler de la personne décédée, plutôt que d'éviter le sujet.

Lorsqu'un enfant vit une perte importante, en aviser son école est une démarche pratique et importante. Les écoles à travers le Canada ont accès à des services de counseling, et les enseignants et le personnel de soutien peuvent être de précieuses sources de stabilité et de soin lorsqu'ils savent ce qu'un élève traverse.

Des programmes de deuil spécialisés pour les enfants et les jeunes existent partout au Canada, notamment l'Alliance canadienne pour les enfants et les jeunes en deuil, qui réunit plus de 90 organisations travaillant spécifiquement sur le soutien au deuil des jeunes.

Organismes nationaux et ressources

Les organismes suivants offrent du soutien au deuil aux Canadiens dans toutes les provinces et tous les territoires. La plupart sont disponibles sans frais.

Hospice virtuel canadien

L'Hospice virtuel canadien offre de l'information gratuite et révisée par des professionnels sur les soins palliatifs et le deuil, ainsi qu'un soutien en ligne direct par son service Demandez à un professionnel. La plateforme MonDeuil.ca, développée par l'Hospice virtuel canadien, offre des modules gratuits de soutien au deuil en ligne accessibles à toute personne au Canada. C'est l'une des ressources gratuites les plus complètes disponibles à l'échelle nationale et elle comprend du contenu spécifique à différents types de perte.

Site web : mondeuil.ca

Association canadienne de soins palliatifs

L'Association canadienne de soins palliatifs coordonne chaque année la Journée nationale du deuil, le troisième mardi de novembre, et maintient un répertoire national de ressources sur le deuil avec des liens vers des programmes provinciaux et communautaires. Leur répertoire est un bon point de départ pour quiconque cherche du soutien local.

Site web : acsp.net

Alliance canadienne pour le deuil

L'Alliance canadienne pour le deuil est une coalition nationale qui travaille à améliorer le soutien au deuil au Canada. En 2023, le gouvernement fédéral a accordé un million de dollars à l'Alliance canadienne pour le deuil afin de développer des ressources et des systèmes de soutien pour les Canadiens en deuil. Leur plateforme fournit de l'information sur le deuil, des résultats de recherche et des connexions vers du soutien.

Site web : aboutgrief.ca

Familles endeuillées du Canada

Familles endeuillées offre des programmes de soutien par les pairs et de deuil dans plusieurs provinces, avec un réseau de références qui s'étend à l'échelle nationale. Leurs programmes sont animés par des personnes ayant une expérience personnelle de la perte, et ils proposent des options en personne et virtuelles.

Site web : bereavedfamilies.net

Les Amis compatissants du Canada

Les Amis compatissants offrent du soutien spécifiquement aux parents et aux grands-parents à la suite du décès d'un enfant, peu importe l'âge de l'enfant ou la cause du décès. Ils proposent des groupes de soutien par les pairs et des connexions individuelles avec d'autres personnes ayant vécu le même type de perte.

Site web : tcfcanada.net

Alliance canadienne pour les enfants et les jeunes en deuil

L'Alliance canadienne pour les enfants et les jeunes en deuil est un réseau national de plus de 90 organisations et professionnels qui travaillent à rendre le soutien au deuil accessible aux enfants et à leurs familles. Leur répertoire aide les familles à trouver des programmes spécifiques à leur province et à leur situation.

Site web : grievingchildrencanada.org

Lignes de crise et de détresse

Si des pensées de mettre fin à sa vie sont présentes, contacter une ligne de crise est une première étape importante. La ligne d'aide à la prévention du suicide 9-8-8 est disponible partout au Canada par appel ou texto, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Des conseillers formés sont disponibles dans les deux langues officielles.

Trouver du soutien local

Les organisations nationales sont un bon point de départ, mais le soutien au deuil est souvent le plus significatif lorsqu'il est local. Quelques façons de trouver ce qui est disponible dans une communauté spécifique :

  • Contacter directement l'hospice ou le programme de soins palliatifs local. La plupart offrent un suivi de deuil aux familles avec lesquelles ils ont travaillé, et beaucoup ouvrent leurs programmes à la communauté élargie.
  • Demander à un médecin de famille ou à une infirmière praticienne une référence. Les prestataires de soins primaires peuvent référer à des professionnels en santé mentale, à des programmes de deuil en milieu hospitalier ou à des services de counseling communautaires.
  • Contacter un centre local de santé mentale communautaire. La plupart des provinces disposent de services de santé mentale financés par les fonds publics qui incluent du counseling pour le deuil.
  • Consulter le répertoire de ressources sur le deuil de l'ACSP à acsp.net pour des listes spécifiques à chaque province.

Pour les personnes au Québec, l'Association québécoise de soins palliatifs et la Maison Michel-Sarrazin figurent parmi les organisations provinciales offrant des programmes de deuil disponibles en français.

Une note sur le soutien en ligne et à distance

L'accès au soutien en personne varie considérablement à travers le Canada, particulièrement dans les communautés rurales, éloignées et nordiques. Le soutien en ligne et par téléphone comble un écart important.

La plateforme MonDeuil.ca est entièrement disponible en ligne et ne nécessite aucune référence. Plusieurs thérapeutes formés en approches centrées sur le deuil offrent également des services par vidéo, ce qui a considérablement élargi l'accès ces dernières années. Les groupes de soutien par les pairs en ligne, notamment ceux offerts par Familles endeuillées et Les Amis compatissants, sont disponibles pour les personnes à travers le pays, peu importe leur lieu de résidence.

Questions fréquentes

Combien de temps dure le deuil?

Il n'existe pas de calendrier standard. La recherche suggère que pour la plupart des personnes, la période la plus intense du deuil aigu tend à évoluer dans la première année, bien que des réponses significatives au deuil puissent se poursuivre bien au-delà. Le deuil autour de dates importantes, d'anniversaires et de déclencheurs inattendus est courant et normal pendant des années suivant une perte. La question de savoir si le deuil dure exceptionnellement longtemps est mieux répondue en examinant dans quelle mesure il affecte le fonctionnement quotidien, plutôt qu'en comptant les mois depuis le décès.

Est-il normal de ressentir du soulagement après un décès?

Oui. Le soulagement est une réponse courante et compréhensible, particulièrement à la suite d'une longue maladie, d'une relation difficile ou d'un décès qui a mis fin à des souffrances importantes. Ressentir du soulagement n'indique pas un manque d'attachement envers la personne décédée. Il s'accompagne souvent d'autres émotions, notamment de la culpabilité de ressentir ce soulagement, ce qui est également courant.

Quelle est la différence entre le deuil et la dépression?

Le deuil et la dépression partagent plusieurs caractéristiques, notamment la tristesse, le retrait et les difficultés avec les activités quotidiennes. Dans le deuil, ces expériences tendent à être liées à la perte elle-même et peuvent aller et venir en vagues. Dans la dépression, l'humeur basse tend à être plus persistante et envahissante. Les deux peuvent être présents en même temps. Un médecin ou un professionnel de la santé mentale peut aider à clarifier ce qui se passe et quel type de soutien serait utile.

Parler de la personne décédée aggrave-t-il le deuil?

La recherche suggère le contraire. Pouvoir parler ouvertement de la personne décédée, partager des souvenirs et avoir des personnes disposées à écouter et à reconnaître la perte tend à soutenir le processus d'intégration. L'évitement du sujet, par la personne en deuil ou par ceux qui l'entourent, est plus souvent associé à des difficultés avec le temps.

Quand un enfant devrait-il consulter un professionnel pour son deuil?

Lorsque le deuil d'un enfant affecte significativement sa capacité à fonctionner à l'école, à maintenir des amitiés, à dormir ou à manger sur une période prolongée, il vaut la peine de consulter un professionnel. Un pédiatre, un conseiller scolaire ou un programme de santé mentale pour enfants et jeunes peut aider à évaluer quel soutien est approprié.

Sources

Ce billet s'appuie sur les informations publiées par l'Association canadienne de soins palliatifs, l'Alliance canadienne pour le deuil, l'Hospice virtuel canadien, l'Alliance canadienne pour les enfants et les jeunes en deuil, le gouvernement du Canada, et des recherches évaluées par les pairs publiées dans JAMA Psychiatry et le journal Behavioural and Cognitive Psychotherapy. Ce contenu est offert à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis clinique ou médical. Pour un soutien spécifique à une situation personnelle, la consultation d'un médecin ou d'un professionnel qualifié en santé mentale est recommandée.

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