Les différentes formes de deuil : deuil anticipatoire, deuil non reconnu et deuil compliqué

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Les différentes formes de deuil : deuil anticipatoire, deuil non reconnu et deuil compliqué

Le deuil ne commence pas toujours au moment d'un décès, et il ne se manifeste pas toujours de la façon dont les gens autour de soi l'anticipent. Certaines formes de deuil s'installent avant même que la perte survienne. D'autres se vivent dans l'isolement, faute de reconnaissance de la part de l'entourage. Et d'autres encore persistent et s'approfondissent au fil du temps, sans que le temps seul suffise à les résoudre.

Comprendre ce qu'une personne traverse change ce qui peut réellement l'aider. Ce guide présente trois formes de deuil souvent méconnues et insuffisamment soutenues : le deuil anticipatoire, le deuil non reconnu et le deuil compliqué.

En résumé

Le deuil anticipatoire est le deuil qui commence avant un décès, souvent dans le contexte d'une maladie grave ou terminale. Le deuil non reconnu est un deuil que l'entourage ne reconnaît pas ou ne soutient pas, soit parce que la perte elle-même n'est pas considérée comme importante, soit parce que la relation avec la personne décédée n'est pas acceptée. Le deuil compliqué, officiellement reconnu depuis 2022 comme trouble de deuil prolongé, est une forme intense et persistante de deuil qui nuit considérablement au fonctionnement quotidien sur une longue période. Chacune de ces formes appelle un type de soutien différent, et chacune est plus répandue qu'on ne le croit généralement.

Le deuil anticipatoire

Ce que c'est

Le deuil anticipatoire, c'est le deuil qui commence avant le décès. Il peut toucher toute personne qui fait face à la perte imminente d'un proche : un membre de la famille, un ami, un partenaire. Il peut aussi toucher la personne elle-même qui est malade, qui anticipe la perte de son indépendance, de son identité, de ses rôles, de son avenir.

Le nom peut induire en erreur. Le deuil anticipatoire n'est pas principalement une préparation à un décès futur. La recherche le décrit plutôt comme un deuil qui se vit dans le présent, en réponse à des pertes qui sont déjà en train de se produire au fur et à mesure que la maladie progresse. La perte des capacités physiques d'une personne, de sa personnalité, de sa capacité à travailler, à être parent, à être la personne qu'elle était : ce sont des pertes réelles, et le deuil qui les accompagne l'est tout autant.

Ce qui est constant dans la recherche, c'est que le deuil anticipatoire ne fonctionne pas comme un amortisseur. Faire son deuil avant un décès ne réduit pas ce qui suit. Certaines personnes ont l'impression d'avoir déjà traversé une grande partie du processus au moment où le décès survient. D'autres constatent que la mort elle-même apporte une forme de deuil nouvelle et distincte, quoi qu'elles aient vécu auparavant. Les deux sont normaux.

Qui le vit

Le deuil anticipatoire est courant parmi :

  • Les membres de la famille et les proches d'une personne atteinte d'une maladie grave ou terminale
  • Les personnes qui ont elles-mêmes reçu un diagnostic de maladie terminale
  • Les proches aidants qui accompagnent quelqu'un dont l'état change significativement au fil de la maladie
  • Les parents d'enfants atteints de maladies limitant l'espérance de vie
  • Les professionnels de la santé régulièrement présents en fin de vie

Ce qui tend à aider

Les formes de soutien les plus utiles pour le deuil anticipatoire sont celles qui reconnaissent ce qui est déjà en train d'être perdu, plutôt que celles qui cherchent à rediriger l'attention vers ce qui n'est pas encore arrivé.

Un soutien concret qui allège les exigences immédiates de la proche aidance peut créer de l'espace pour l'expérience émotionnelle plutôt que de la réprimer. Le soutien entre pairs, particulièrement avec des personnes ayant vécu une situation similaire de proche aidance, est fréquemment cité comme précieux. Les équipes de soins palliatifs offrent souvent du soutien au deuil qui commence avant le décès, ou peuvent y référer. C'est l'une des ressources les moins utilisées dans ce domaine.

Une conversation ouverte sur ce qui est vécu, sans pression de rester positif ou de regarder vers l'avenir, tend à être plus aidante que les encouragements à profiter du temps qui reste. La personne malade peut aussi bénéficier de pouvoir parler directement de ses propres pertes anticipées, plutôt que d'avoir ces conversations esquivées par son entourage.

Le deuil non reconnu

Ce que c'est

Le deuil non reconnu est un deuil qui n'est pas ouvertement reconnu, socialement validé ou soutenu par l'entourage. Le chercheur Kenneth Doka le définit comme le deuil vécu par des personnes qui subissent une perte qui ne peut pas ou ne peut pas être ouvertement reconnue, publiquement exprimée ou socialement soutenue.

Ce n'est pas une catégorie de perte qui manque de profondeur émotionnelle. Dans bien des cas, il s'agit de certaines des expériences de deuil les plus intenses qu'une personne puisse traverser. Ce qui est absent, c'est la reconnaissance et le soutien extérieurs qui accompagnent habituellement un deuil socialement reconnu.

Situations courantes

Le deuil non reconnu peut surgir dans de nombreuses situations.

La relation n'est pas reconnue. Un partenaire de longue date dont la relation n'était pas officialisée. Un membre de la famille avec qui les liens étaient compliqués. Une amitié proche que les autres ignoraient. Un ancien partenaire, un collègue, un mentor.

La perte n'est pas reconnue. La mort d'un animal de compagnie. Une fausse couche ou une perte de grossesse. Un décès par suicide, quand la stigmatisation empêche une reconnaissance ouverte. Un décès dans des circonstances socialement jugées, comme une surdose.

La personne en deuil n'est pas reconnue. Les personnes âgées dont le deuil peut être minimisé ou attribué à un déclin cognitif. Les enfants et les adolescents que l'on suppose incapables de vivre un deuil comme les adultes. Les personnes ayant une déficience intellectuelle dont le deuil n'est pas soutenu. Les proches aidants et les professionnels de la santé dont le rôle professionnel est supposé les protéger de la perte personnelle.

Le type de perte n'est pas reconnu. Le deuil à la suite d'une rupture de lien avec une personne toujours vivante. Le deuil à la suite d'un diagnostic de démence, où la personne est présente mais profondément changée. Le deuil à la suite d'une perte traumatique dans des circonstances difficiles à aborder ouvertement.

Ce qui tend à aider

L'expérience centrale du deuil non reconnu, c'est l'isolement. Ce qui aide le plus, c'est la reconnaissance, qui peut venir de sources variées.

Une personne qui reconnaît la perte directement, sans la minimiser ou la comparer à d'autres formes de deuil considérées plus légitimes, peut avoir une importance réelle. Ça ne demande pas d'être un professionnel ou de disposer d'une structure de soutien formelle. Ça demande d'être quelqu'un prêt à reconnaître la perte et à y répondre.

Le soutien entre pairs qui ont vécu une perte similaire est particulièrement précieux, parce qu'il offre un espace où la perte est traitée comme réelle et significative, sans exiger d'explication ou de justification. Les groupes de soutien après la perte d'un animal, les groupes pour les pertes de grossesse, et les réseaux de soutien après un décès par suicide répondent à des formes de deuil qui sont souvent ignorées dans les contextes de soutien au deuil général.

Pour les professionnels de la santé et les proches aidants qui vivent un deuil non reconnu dans un cadre professionnel, la reconnaissance organisationnelle de la perte, les rituels ou cérémonies qui soulignent le décès d'un patient, et l'accès à un soutien distinct du débriefing clinique peuvent offrir une reconnaissance significative.

Un soutien professionnel peut aussi aider, particulièrement lorsque l'isolement de l'expérience s'est approfondi avec le temps.

Le deuil compliqué

Ce que c'est

Le deuil compliqué, officiellement reconnu depuis 2022 comme trouble de deuil prolongé dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, est une forme intense et persistante de deuil qui nuit considérablement au fonctionnement quotidien et ne diminue pas avec le temps comme le fait la plupart des deuils.

Il se caractérise par un désir intense de retrouver la personne décédée, une difficulté à accepter la mort, un sentiment qu'une partie de soi-même est morte, un engourdissement émotionnel, de l'amertume ou de la colère liée à la perte, et une difficulté significative à se réengager dans des activités ou des relations. Chez les adultes, ces symptômes sont considérés cliniquement significatifs lorsqu'ils persistent à un niveau qui nuit au fonctionnement pendant au moins douze mois suivant le décès. Chez les enfants, le seuil est de six mois.

On estime qu'il touche environ dix pour cent des personnes en deuil, bien que les taux soient plus élevés chez ceux qui ont vécu un décès soudain ou traumatisant, la perte d'un enfant, ou un décès accompagné de facteurs compliquants importants.

Le deuil compliqué n'est pas un échec d'adaptation, ni un signe de fragilité émotionnelle particulière. La recherche montre qu'il est influencé par des facteurs spécifiques, notamment la nature de l'attachement à la personne décédée, les circonstances du décès et la présence ou l'absence de soutien social. C'est une condition clinique qui répond bien à un traitement ciblé.

Facteurs de risque

La recherche a identifié plusieurs facteurs associés à un risque plus élevé de développer un trouble de deuil prolongé :

  • Un décès soudain, inattendu ou traumatisant
  • La perte d'un enfant, peu importe l'âge de l'enfant
  • Un décès survenu dans le contexte d'une relation compliquée ou ambivalente
  • Des antécédents de perte ou de trauma
  • Un soutien social limité au moment du décès
  • Un niveau élevé de dépendance envers la personne décédée pour l'identité ou le fonctionnement quotidien
  • Un décès associé à de la stigmatisation ou difficile à aborder ouvertement

La présence de facteurs de risque ne rend pas le trouble de deuil prolongé inévitable. Leur absence ne le rend pas impossible.

Ce qui aide vraiment

Le soutien social général, bien qu'important, est souvent insuffisant pour le trouble de deuil prolongé. Les approches ayant les données probantes les plus solides sont celles spécifiquement conçues pour le deuil compliqué.

La thérapie du deuil prolongé, développée spécifiquement pour cette condition, a montré des résultats solides dans plusieurs essais contrôlés randomisés. Elle combine un travail de motivation, la reformulation répétée de l'histoire de la perte, un travail de réengagement dans la vie, et des techniques pour gérer les réponses émotionnelles intenses. Elle est généralement offerte en seize séances.

La thérapie cognitivo-comportementale adaptée au deuil a également démontré son efficacité, avec un accent particulier sur l'identification et la remise en question des schémas de pensée qui maintiennent les difficultés, comme la culpabilité persistante, l'évitement des rappels de la personne décédée, ou la conviction que la vie sans elle n'a plus de sens.

La distinction que la recherche soutient de façon constante est celle-ci : l'attente vigilante, le soutien émotionnel général et le temps seul sont souvent suffisants pour un deuil typique. Pour le trouble de deuil prolongé, ils ne le sont pas. Une thérapie ciblée spécifique fait une différence mesurable.

Quand consulter

Quelques signes qui indiquent qu'un soutien professionnel est justifié :

  • Un deuil qui reste aussi intense plusieurs mois après le décès qu'il l'était dans les premières semaines
  • Une difficulté significative à assumer les responsabilités du quotidien sur une période prolongée
  • Un sentiment que la vie n'a plus de sens ou d'avenir sans la personne décédée
  • Un évitement persistant de tout ce qui rappelle la personne décédée, ou à l'inverse une préoccupation qui empêche tout autre engagement
  • Des pensées de vouloir mourir pour retrouver la personne décédée

Ces signes ne sont pas une mesure du caractère ou de la résilience d'une personne. Ce sont des indicateurs cliniques que le deuil a pris une forme qui répond à un traitement.

Comment ces formes de deuil se recoupent

Ces trois formes de deuil ne s'excluent pas mutuellement. Le deuil anticipatoire peut mener à un deuil compliqué quand le décès survient finalement. Le deuil non reconnu, en raison de son isolement, présente un risque plus élevé de devenir compliqué. Une personne qui vit un deuil compliqué traverse peut-être aussi un deuil que son entourage n'a jamais reconnu.

Ce qui les relie, c'est que chacune est moins susceptible de recevoir un soutien adéquat en l'absence d'une conscience spécifique de sa nature. Les personnes autour de quelqu'un qui vit un deuil anticipatoire ne le reconnaissent souvent pas comme un deuil du tout. Les personnes autour de quelqu'un qui vit un deuil non reconnu peuvent minimiser ou éviter la perte. Les personnes autour de quelqu'un qui vit un deuil compliqué peuvent croire que le temps seul finira par arranger les choses, longtemps après que les données probantes suggèrent le contraire.

Nommer la forme de deuil que quelqu'un traverse, et comprendre quel type de soutien lui convient vraiment, est en soi une forme significative de reconnaissance.

Questions fréquentes

Le deuil anticipatoire est-il la même chose que la dépression?

Ils partagent certaines caractéristiques : tristesse, retrait, difficulté à accomplir les tâches du quotidien. Mais le deuil anticipatoire est spécifiquement lié à une perte anticipée et tend à fluctuer plutôt qu'à rester constant. La dépression est une condition clinique distincte qui justifie sa propre évaluation et son traitement. Les deux peuvent être présents en même temps. Un médecin ou un professionnel en santé mentale peut aider à clarifier ce qui se passe.

Faire son deuil avant un décès réduit-il le deuil après?

La recherche ne le soutient pas de façon constante. Le deuil anticipatoire ne fonctionne pas comme un amortisseur contre ce qui suit un décès. Certaines personnes ont l'impression d'avoir déjà traversé une grande partie du processus au moment où le décès survient. D'autres constatent que la mort elle-même apporte une forme de deuil nouvelle et distincte. Les deux sont normaux.

Comment soutenir quelqu'un dont le deuil n'est pas reconnu?

Reconnaître la perte directement. Nommer la personne décédée. Poser des questions qui font de la place pour que la personne parle de ce qu'elle vit. Éviter de comparer la perte à d'autres pertes ou de suggérer que ça devrait être plus facile en raison des circonstances. Revenir aux nouvelles dans les semaines et les mois qui suivent, quand la période immédiate est passée, c'est souvent là que ce type de soutien compte le plus.

En quoi le trouble de deuil prolongé est-il différent de la dépression?

Les deux impliquent une humeur basse persistante et des difficultés à fonctionner. Dans le trouble de deuil prolongé, les symptômes sont spécifiquement liés à la perte : désir intense de retrouver la personne décédée, préoccupation persistante, difficulté à accepter le décès. Dans la dépression, l'humeur basse tend à être plus envahissante et pas spécifiquement organisée autour d'une perte. Les deux peuvent coexister. Un professionnel en santé mentale peut évaluer ce qui est présent et l'approche thérapeutique appropriée.

Les enfants peuvent-ils vivre un deuil compliqué?

Oui. Le seuil diagnostique pour le trouble de deuil prolongé chez les enfants est de six mois plutôt que douze. Le deuil des enfants ne ressemble souvent pas à celui des adultes : il peut se manifester par des changements de comportement, des plaintes physiques, des difficultés à l'école ou une régression vers des comportements plus jeunes. Les enfants qui ont vécu un décès soudain ou traumatisant, ou qui bénéficient d'un soutien limité pour leur deuil, sont plus à risque. Des programmes spécialisés en deuil pour enfants et jeunes existent à travers le Canada et peuvent être trouvés via l'Alliance canadienne pour les enfants et les jeunes en deuil au grievingchildrencanada.org.

Sources

Ce billet s'appuie sur les travaux publiés par l'Hospice virtuel canadien, l'Association canadienne de soins palliatifs, le gouvernement de la Colombie-Britannique, StatPearls via la Bibliothèque nationale de médecine, Frontiers in Psychology, et des recherches évaluées par les pairs publiées dans les revues Omega et Family Journal. Ce contenu est offert à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis clinique ou médical. Pour un soutien adapté à une situation personnelle, la consultation d'un médecin ou d'un professionnel qualifié en santé mentale est recommandée.

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