Choisir un liquidateur est l'une des décisions les plus importantes d'un plan successoral, et l'une des plus souvent sous-estimées. La personne désignée dans un testament détient une autorité légale considérable, et avec elle, une responsabilité considérable. Le rôle peut s'étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années, souvent dans un contexte de perte personnelle, de tensions familiales et de complexité administrative.
Comprendre ce que le rôle implique réellement, quelles qualités rechercher chez la personne choisie, et où se situent les limites de l'autorité du liquidateur, permet de prendre une meilleure décision. Cela permet aussi d'avoir une conversation plus honnête avec cette personne.
En résumé
Le liquidateur est la personne désignée dans un testament pour administrer une succession après un décès. Son rôle est d'exécuter fidèlement les instructions du testament, de régler les dettes et les impôts, et de distribuer ce qui reste aux bénéficiaires. Le rôle est exigeant et comporte une responsabilité légale. Un liquidateur peut être destitué ou tenu responsable s'il agit en dehors des limites de son autorité. Choisir la bonne personne, avoir une conversation directe avec elle à l'avance et désigner un liquidateur substitut sont les trois étapes les plus importantes pour bien prendre cette décision.
Ce que fait concrètement un liquidateur
Avant de choisir quelqu'un pour ce rôle, il est utile de comprendre ce qu'on lui demandera de faire. La portée est plus large que beaucoup de gens ne l'imaginent.
Les responsabilités d'un liquidateur comprennent généralement :
- Localiser le testament original signé et confirmer sa validité
- Organiser ou coordonner les funérailles et l'inhumation, puisqu'au Québec le liquidateur détient l'autorité légale pour ces décisions, et non la famille
- Sécuriser les actifs de la succession, notamment les biens immobiliers, les véhicules, les comptes et les effets personnels
- Faire homologuer le testament si nécessaire, c'est-à-dire le processus par lequel un tribunal confirme l'autorité légale du liquidateur pour agir
- Aviser les institutions financières, les organismes gouvernementaux et les prestataires de prestations du décès
- Payer les dettes impayées, les factures et toute obligation continue à partir des fonds de la succession
- Produire la déclaration de revenus finale du défunt, et potentiellement des déclarations supplémentaires selon le type de revenus impliqués
- Obtenir un certificat de décharge de l'Agence du revenu du Canada avant de distribuer les actifs
- Distribuer ce qui reste aux bénéficiaires conformément au testament
- Fournir un rapport comptable complet de la succession aux bénéficiaires
Le processus du début à la fin peut prendre de plusieurs mois à plusieurs années, selon la complexité de la succession, si une homologation est requise et si des différends surviennent entre les bénéficiaires.
Ce qu'il faut chercher chez un liquidateur
Il n'existe pas de profil unique du bon liquidateur. La décision dépend de la nature de la succession, de la situation familiale et des qualités des personnes disponibles. Cela dit, quelques considérations ont tendance à compter le plus.
La fiabilité
Un liquidateur a accès à l'ensemble de la succession, notamment les comptes financiers, les biens et les effets personnels. La personne désignée doit être quelqu'un dont le jugement et l'intégrité sont incontestables. C'est l'exigence la plus fondamentale.
L'organisation et le suivi
Le rôle implique une quantité importante de tenue de dossiers, de correspondance et de coordination avec des notaires, des comptables, des institutions financières et des organismes gouvernementaux. Quelqu'un qui est naturellement organisé, prêt à demander l'aide de professionnels au besoin, et capable de suivre un processus sur une longue période est mieux adapté que quelqu'un qui ne l'est pas, peu importe la proximité de la relation.
La disponibilité et la proximité
Un liquidateur qui vit dans une autre province peut trouver logistiquement difficile d'assumer ses responsabilités, ce qui peut créer des délais et une complexité supplémentaire. Choisir quelqu'un qui vit dans la même province facilite généralement le processus. Dans certaines provinces et territoires, désigner un non-résident du Canada comme liquidateur peut être problématique, et la personne peut être tenue de fournir un cautionnement avant de pouvoir agir. Éviter cette couche de complexité dès le départ vaut la peine d'être considéré.
La stabilité émotionnelle
Le rôle de liquidateur commence dans les suites immédiates d'un décès, souvent tout en gérant une perte personnelle. La capacité à fonctionner sous pression, à communiquer clairement avec les bénéficiaires et à naviguer dans des dynamiques familiales difficiles sans prendre parti est une exigence pratique, pas seulement une vertu personnelle.
La volonté de demander de l'aide
Les liquidateurs n'ont pas à être des notaires, des comptables ou des professionnels financiers. Ils ont cependant le droit de faire appel à des professionnels du droit et de la comptabilité pour les assister. Quelqu'un qui reconnaît les limites de ses propres connaissances et qui est à l'aise de faire appel à des professionnels au besoin servira mieux la succession que quelqu'un qui tente de tout gérer seul et qui commet des erreurs coûteuses en conséquence.
La conversation qui doit avoir lieu
Désigner quelqu'un comme liquidateur sans le lui dire est un problème courant et évitable. Même si une personne est désignée comme liquidateur dans un testament, elle n'est pas obligée d'assumer ce rôle. Si quelqu'un refuse et qu'aucun substitut n'a été désigné, un tribunal nommera quelqu'un, ce qui retire tout contrôle à la succession.
La conversation avec un liquidateur pressenti n'a pas besoin d'être longue. Elle devrait couvrir quelques points essentiels :
- Que la personne est considérée ou désignée pour ce rôle
- Une idée générale de ce que la succession implique
- Où le testament et les documents clés sont conservés
- Si la personne est disposée et en mesure d'accepter
Cette conversation est aussi l'occasion d'entendre les préoccupations de la personne concernant le rôle. Certaines personnes ne savent pas à quel point les responsabilités d'un liquidateur peuvent être chronophages, ou peuvent avoir des circonstances personnelles qui rendraient l'acceptation difficile. Le découvrir avant que cela compte est bien préférable au découvrir après.
Désigner un liquidateur substitut
Il vaut la peine de désigner un liquidateur substitut dans le testament. Si le liquidateur principal est incapable ou refuse d'agir, le substitut peut prendre la relève sans nécessiter une nomination judiciaire. Si un testament ne désigne pas de liquidateur, ou si le liquidateur désigné ne peut pas ou ne veut pas agir, tout substitut désigné sera nommé. S'il n'y a pas de substitut, les héritiers ou le tribunal désigneront quelqu'un.
Un substitut est aussi une considération pratique pour les situations où le liquidateur principal décède avant la personne qui a rédigé le testament, ou devient inapte avant que la succession soit liquidée.
Quand envisager un liquidateur professionnel
Pour certaines successions, désigner un membre de la famille ou un proche comme liquidateur n'est pas la meilleure option. Un liquidateur professionnel, comme une société de fiducie ou un notaire, peut être plus approprié dans certaines circonstances :
- La succession est complexe, impliquant des intérêts commerciaux, plusieurs propriétés ou des actifs importants dans différentes institutions
- Il existe une possibilité réaliste de conflits entre les bénéficiaires
- Il n'y a personne dans l'entourage qui soit à la fois de confiance et pratiquement apte au rôle
- La personne ne veut pas imposer ce fardeau aux membres de la famille qui gèrent déjà leurs propres responsabilités
Il peut souvent être idéal de désigner un liquidateur professionnel aux côtés d'un membre de la famille, en combinant la confiance qui vient d'une relation personnelle avec l'expérience et les compétences d'un professionnel. Un notaire ou un avocat peut conseiller sur la structure qui convient le mieux à une succession particulière.
Les liquidateurs professionnels facturent des honoraires pour leurs services, payés par la succession. Ces honoraires varient selon l'institution et selon la taille et la complexité de la succession.
Ce qu'un liquidateur ne peut pas faire
Comprendre les limites de l'autorité du liquidateur importe autant pour la personne qui fait la nomination que pour toute personne désignée dans ce rôle. Les liquidateurs détiennent un pouvoir considérable, mais il n'est pas illimité, et le dépasser peut avoir de graves conséquences légales.
Agir avant le décès
La succession d'une personne ne se forme qu'à son décès. Même si quelqu'un sait qu'il a été désigné liquidateur, il n'a aucun pouvoir sur la succession ni sur la façon dont la personne la gère de son vivant. L'autorité du liquidateur commence au décès, pas avant.
Modifier le testament
Le liquidateur est responsable d'exécuter le testament tel qu'il est rédigé. Il ne peut pas ajouter de clauses, retirer des bénéficiaires, modifier la distribution des actifs ou apporter quelque changement que ce soit au document. Seule la personne qui a rédigé le testament peut le faire, de son vivant et si elle a la capacité légale de le faire.
Utiliser les actifs de la succession à des fins personnelles
Un liquidateur a accès aux fonds et aux biens de la succession dans le but d'administrer celle-ci. Utiliser ces actifs à des fins personnelles, payer des dettes personnelles, s'approprier des biens avant que la succession soit distribuée, ou conclure des transactions créant un conflit d'intérêts sont autant de formes d'autoprofit. L'autoprofit est considéré comme une violation grave de l'obligation fiduciaire et peut avoir des conséquences légales.
Distribuer les actifs avant de régler les dettes et les impôts
Les bénéficiaires doivent attendre que les dettes, les obligations et les impôts soient réglés avant que les actifs soient distribués. Un liquidateur qui distribue les actifs prématurément peut être tenu personnellement responsable de tout déficit si la succession ne peut pas couvrir ses obligations.
Ignorer le testament
Le rôle du liquidateur est d'exécuter les instructions du testament, pas de substituer son propre jugement sur ce qui est juste ou sur ce que le défunt aurait voulu au-delà de ce qui est écrit. Déroger aux termes du testament sans autorité légale constitue un manquement aux devoirs du liquidateur.
Agir seul si des co-liquidateurs sont désignés
Si le testament désigne plus d'un liquidateur, ils sont généralement tenus d'agir ensemble. Un co-liquidateur ne peut pas prendre des décisions au nom de la succession sans l'implication ou le consentement des autres, sauf si le testament prévoit spécifiquement cette possibilité.
Une note sur la rémunération du liquidateur
Au Canada, les liquidateurs ont généralement droit à une rémunération raisonnable pour leur travail, payée par la succession. Le montant varie selon la province et la complexité du travail effectué. Au Québec, la rémunération du liquidateur doit être prévue dans le testament ou approuvée par les héritiers. En l'absence de disposition testamentaire, le liquidateur peut avoir droit à une compensation, mais devra généralement obtenir l'accord des bénéficiaires ou l'approbation du tribunal.
Si le testament inclut une disposition spécifique concernant la rémunération, cette disposition s'applique. Dans le cas contraire, le liquidateur a tout de même droit à une compensation juste, mais peut avoir besoin de l'approbation du tribunal avant de la percevoir.
Les liquidateurs qui sont également bénéficiaires de la succession peuvent recevoir à la fois leur héritage et une compensation pour leur rôle, pourvu qu'il n'y ait pas de conflit d'intérêts.
Questions fréquentes
Un liquidateur peut-il aussi être bénéficiaire?
Oui. Rien n'empêche un liquidateur d'être bénéficiaire de la succession, dans la mesure où il n'est pas confronté à un conflit d'intérêts ou qu'il n'existe pas de risque qu'il ne traite pas tous les bénéficiaires de façon équitable. Pour les successions simples où la majorité des actifs sont transmis à une seule personne, il est courant que cette personne soit aussi désignée liquidateur.
Un liquidateur peut-il être destitué?
Oui. Si un liquidateur ne remplit pas ses obligations, agit de mauvaise foi ou a un conflit d'intérêts qui ne peut pas être résolu, les bénéficiaires peuvent demander à un tribunal de le destituer et de le remplacer. Ce processus prend du temps et entraîne des frais juridiques, ce qui est l'une des raisons pour lesquelles choisir la bonne personne dès le départ est si important.
Le liquidateur est-il obligé d'accepter le rôle?
Non. Parce que les responsabilités de liquidateur sont exigeantes, les personnes ont le droit de refuser. C'est pourquoi il est prudent de désigner un liquidateur substitut dans le testament. Au Québec, cependant, une personne peut ne pas pouvoir refuser d'être liquidateur si elle est aussi le seul héritier de la succession.
Que se passe-t-il si aucun liquidateur n'est désigné ou disponible?
Si il n'y a pas de testament, ou si le liquidateur désigné ne peut pas agir et qu'il n'y a pas de substitut, le tribunal nommera un administrateur pour gérer la succession. Cette personne administrera la succession selon les règles de dévolution légale applicables, qui peuvent ne pas refléter ce que le défunt aurait souhaité.
Un liquidateur peut-il obtenir l'aide d'un notaire ou d'un comptable?
Oui. Les liquidateurs ont le droit de faire appel à des professionnels pour les aider dans leur travail, et les coûts raisonnables de cette aide sont payés par la succession. De nombreux liquidateurs travaillent avec un notaire ou un avocat pour l'homologation et l'administration de la succession, et avec un comptable pour les questions fiscales.
Sources
Ce billet s'appuie sur les informations publiées par le gouvernement du Canada, la Chambre des notaires du Québec, le Barreau du Québec, l'Agence du revenu du Canada et Norton Rose Fulbright Canada. Les exigences varient selon la province et le territoire. Ce contenu est offert à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique ou financier. La consultation d'un notaire, d'un avocat ou d'un conseiller financier est recommandée pour toute situation particulière.








