En bref
Quand une personne traverse un deuil, l’entourage ne peut pas vraiment atténuer la douleur. Il peut toutefois réduire l’isolement, préserver l’énergie de la personne endeuillée et contribuer à un sentiment de sécurité. La présence stable d’un proche aide souvent davantage qu’une phrase parfaite.
Ce guide propose des repères simples, sensibles aux réalités culturelles, avec des exemples de messages et de gestes concrets à envisager.
Les premiers gestes utiles : prendre contact tôt, nommer la personne décédée, proposer une aide concrète, maintenir les suivis dans les mois qui suivent et respecter les besoins personnels, culturels et spirituels.
En cas d’inquiétude immédiate pour la sécurité, composer le 9-1-1 ou le 988 au Canada.
Premiers mots à dire (et à éviter)
À dire
Formuler des phrases simples, honnêtes et douces, par exemple :
- « Je suis tellement désolé·e pour ce que tu vis. Je suis là. »
- « Je suis vraiment désolé·e pour [Nom]. Je pense fort à vous. »
- « Je n’ai pas les mots, mais je tiens à toi et je suis là. »
- « Est-ce que ça t’aiderait de parler de [Nom] maintenant, ou tu préfères le silence ? »
- « Si tu veux, je peux t’aider avec les appels et l’organisation. »
- « Pas besoin de répondre. Je t’aime. Je te réécris demain. »
L’utilisation du nom de la personne décédée valide qu’elle compte encore et que le lien avec elle est reconnu.
À éviter
Certaines formulations peuvent isoler davantage ou minimiser le deuil :
- « Il/elle est dans un meilleur monde. »
- Les phrases qui commencent par « Au moins… »
- « Le temps guérit tout. »
- « Tout arrive pour une raison. »
- Les conseils non sollicités, les échéances émotionnelles du deuil, les comparaisons.
- Ramener immédiatement la conversation à ses propres deuils, sans invitation claire.
Que faire dans les 72 premières heures
Dans les premiers jours, de nombreuses personnes endeuillées ont du mal à se concentrer, à planifier ou à prendre des décisions.
Les offres d’aide vagues (« Si tu as besoin de quelque chose, appelle ») sont souvent trop lourdes en charge mentale.
Vous venez d'apprendre le décès
- Prendre contact rapidement.
- Un texto, un appel ou un message vocal court peut suffire. L’important est de signaler une présence bienveillante.
- Formuler une seule offre concrète.Un choix limité réduit la charge mentale.Exemples d’offres utiles (une à la fois)
- « Je suis à l’épicerie. Je peux te déposer des repas prêts à manger vers 17 h. »
- « Si tu veux, j’appelle la maison funéraire pour demander quelles sont les prochaines étapes. »
- « Je peux te conduire à la visite ou aux condoléances. »
- Offrir une présence calme.
- Rester à proximité, écouter, préparer une boisson chaude, aider avec quelques tâches, sortir le chien.
- Protéger l’énergie de la personne.
- Opter pour des visites courtes, limiter les questions, filtrer les appels si cela peut aider.
- Un proche de confiance peut aussi servir de personne-contact pour coordonner les visites ou créer un canal de nouvelles partagé.
- Respecter les rituels et la culture.
- Pour certaines familles, la prière, la veillée, le silence ou l’absence de visiteurs au début sont essentiels.
- Poser des questions sur quels rituels, pratiques ou limites sont importants permet d’offrir un soutien plus adapté.
Semaines 1 à 4 : soutien pratique réellement utile
L’aide est souvent très présente au tout début, puis elle tend a s’atténuer.
Quelques gestes simples et réguliers peuvent soutenir la personne dans la durée.
- Nourriture adaptée à la situation.
- Indiquer le contenu et la date sur les plats. Privilégier les repas simples, faciles à réchauffer et à nettoyer.
- Un calendrier de repas partagé (souvent appelé « meal train ») peut aider à répartir les livraisons entre proches.
- Penser aux essentiels : fruits, soupe, pain, œufs, thé, mouchoirs.
- Soutien pratique
- Proposer, par exemple : transport, gardiennage, promenades de chien, entretien général (neige, feuilles, gazon), courses, aide pour les tâches quotidiennes.
- Intégrer une tâche à la semaine.
- Ajouter une tâche à ce qui est déjà prévu : épicerie, dépôt à Postes Canada, recyclage, retours à la bibliothèque.
- Compagnie sans pression.
- Offrir la possibilité de simplement s’asseoir ensemble, regarder une émission, défiler sur un téléphone, marcher doucement.
- Dans certains cas, proposer de rester pour la nuit peut diminuer les sentiments provoquées par une maison vide.
- Administration et logistique (uniquement si demandé).
- Soutien optionnel pour chercher les exigences de l’état civil de la province, trier le courrier, organiser les factures et formulaires.
- Coordination des arrivées de proches venant de l’extérieur, mise à jour des messages d’absence et du répondeur.
- Un rythme lent, avec des pauses, est généralement plus productif qu’une séance intensive.
Mois 2 à 12 : comment continuer à être présent
Après les funérailles et les premiers jours, le soutien extérieur diminue souvent, alors que le deuil demeure.
Des gestes réguliers, même très simples, peuvent aider énormément
- Suivis doux, sans obligation de répondre.
- Messages du type :
- « Je pense à toi aujourd’hui. »
- Attention aux dates sensibles.
- Anniversaires de naissance, date du décès, fêtes, Fête des Mères et des Pères peuvent raviver la douleur.
- Un message la veille et le jour même, accompagné d’une proposition concrète (appel, marche, café, moment calme), peut alléger la journée.
- Invitations à partager des souvenirs.
- Formulations possibles :
- « Est-ce qu’il y a une photo ou une histoire de [Nom] que tu aimerais partager aujourd’hui ? »
- Cadeaux qui soutiennent réellement.
- Par exemple : carte-cadeau restaurant, service de ménage, promenade de chien, carte-cadeau d’épicerie,
- ou encore un abonnement offert à Solace, pour accéder à des ressources et à des plans d’accompagnement à son propre rythme.
- Sorties simple.
- Un café, un petit trajet en voiture, une promenade ou faire un marché peuvent offrir un moment de présence, sans obligation de se « changer les idées ».
Soutien sensible aux réalités culturelles
Le deuil est universel, mais les rituels et la manière de l’exprimer sont profondément liés à la culture, à la spiritualité et à l’histoire familiale.
Demander plutôt que supposer
Exemples de questions qui peuvent ouvrir la discussion :
- « Dans ta famille, qu’est-ce qui se fait habituellement dans ces moments-là ? »
- « Est-ce qu’il y a des prières, des rituels ou des gestes importants pour vous ? »
- « Est-ce qu’un membre de la communauté ou un leader spirituel joue un rôle particulier en ce moment ? »
À éviter
- Présumer la durée ou l’intensité « normale » d’un deuil.
- Insister sur l’idée de « tourner la page » alors que certaines cultures valorisent le lien continu avec la personne décédée (parler d’elle, lui parler, garder sa place symbolique).
Rester flexible
Les besoins peuvent varier largement :
- préférence pour le silence ou pour les récits et anecdotes
- confort avec les accolades ou, au contraire, besoin de garder une distance physique
- choix entre grands rassemblements et intimité familiale
- différences dans la manière de se tenir près du corps : veillée, chants, histoires, ou au contraire grande réserve
Dans plusieurs traditions, certains repères temporels (par exemple 3, 7, 30, 49 jours ou un an) structurent le deuil. Le rythme réel de la personne peut suivre ou non ces repères.
Rôle possible de l’entourage
- Aider à créer un espace pour le deuil communautaire, si c’est souhaité.
- Soutenir la logistique des rites : transports, nourriture traditionnelle, objets symboliques.
- Se renseigner sur la prononciation des noms et de quelques expressions si la famille souhaite les entendre.
Banque de messages : textos, DMs, cartes, messages vocaux
Les exemples ci-dessous peuvent être adaptés selon le lien, le registre de langue et la réalité culturelle de la personne.
Texto – Jour 1
« Salut [Nom], je viens d’apprendre pour [Nom] et je suis tellement désolé·e. Je pense fort à toi.
Si ça peut aider, je peux te déposer de la soupe et des fruits vers 16 h. »
Message vocal
« Allô, c’est [Nom]. Tu n’as pas à me rappeler. Je pense à toi et à [Nom].
Ce soir, je peux aller à l’épicerie pour toi ou te reconduire demain.
Je vais t’envoyer un texto avec quelques options. »
Texte pour une carte
« Cher/Chère [Nom],
Je te garde, toi et [Nom de la personne décédée], dans mon cœur.
Sa bonté et son rire restent vivants dans chacun de nous qui l’avons aimé.
Je t’apporterai le souper mercredi et je prendrai de tes nouvelles la semaine prochaine.
Avec toute mon affection,
[Nom] »
Texto – suivi après deux mois
« Petit mot pour te dire que je suis toujours là.
Si parler de [Nom] te ferait du bien aujourd’hui, je serais vraiment content·e d’écouter.
Sinon, on peut simplement aller marcher, sans se mettre de pression. »
Exemple au travail (gestionnaire à employé·e)
« Prends le temps dont tu as besoin.
On va ajuster les délais et protéger ton espace de travail à ton retour.
Dis-moi ce que tu souhaites que je partage avec l’équipe, et ce que tu préfères garder entre nous. »
Liste pratique : offres d’aide possibles dès aujourd’hui
Une seule offre claire est souvent plus facile à accepter qu’une proposition générale.
- Repas : mettre en place un calendrier de repas partagé adapté aux habitudes alimentaires.
- Épicerie : panier de produits de base, fruits frais, quelques protéines simples (œufs, tofu, poulet déjà cuit, etc.).
- Maison : lessive, vaisselle, planchers, poubelles, recyclage, entretien extérieur (neige, feuilles, gazon).
- Administration : trier le courrier, numériser des documents, aider à configurer les paiements préautorisés, imprimer des copies de l’enregistrement de décès si nécessaire.
- Transport : accompagnement à la maison funéraire, à la cérémonie, à la banque, à Service Canada, chez le médecin.
- Enfants et animaux : trajets vers l’école, aide aux devoirs, promenades, administration de médicaments pour l’animal.
- Souvenirs : imprimer ou encadrer des photos, créer un album partagé.
- Prendre soin de soi : offrir une session ménage, un massage, ou un abonnement à Solace si la personne est ouverte à cette forme de soutien.
- Solace propose des plans d’accompagnement personnalisés, des ressources sélectionnées et l’appui d’un·e gestionnaire de cas pour aider à s’y retrouver après un décès.
- Après la cérémonie : rapporter les glacières, plats et vases empruntés, recycler les emballages en trop, dresser une liste de remerciements.
- Dans certains cas, la maison funéraire conserve un registre des personnes présentes, des dons et des cartes de condoléances.
- Si possible, demandez l’accès à ces informations pour faciliter la rédaction de cartes de remerciement plus tard.
Signes qu’une aide supplémentaire est nécessaire + lignes d’écoute canadiennes
Le deuil n’est pas une maladie.
Il est habituel que la douleur soit intense et qu’elle apparaisse par vagues.
Parfois, cependant, la situation devient trop lourde pour la personne endeuillée ou pour son entourage. Il peut être utile de suggérer une consultation professionnelle lorsque, pendant plusieurs semaines, on observe par exemple :
- une difficulté persistante à réaliser les tâches de base du quotidien
- une insomnie qui se maintient ou des changements importants d’appétit
- une culpabilité intense, un profond désespoir, un léthargie émotionnelle constante, ou des pensées intrusives qui ne laissent pas de répit
- des comportements à risque, une consommation importante d’alcool ou de drogues, ou des pensées autodestructrices
- un isolement social marqué, avec refus systématique de tout soutien
En cas de danger immédiat pour la sécurité, composer le 9-1-1.
Pour parler à quelqu’un dès maintenant (Canada) :
- 988 : ligne d’intervention en cas de crise de suicide (appel ou texto, 24/7)
- Talk Suicide Canada : 1-833-456-4566 (24/7)
- Jeunesse, J’écoute : 1-800-668-6868 ou texto 686868
- Hope for Wellness (pour les peuples autochtones) : 1-855-242-3310 ou clavardage en ligne
- 211 : service d’orientation vers des ressources communautaires et du soutien en deuil dans la province
- Centres de détresse du Canada : numéros locaux selon la région, avec souvent des options par texto ou clavardage
La présence d’un proche pendant l’appel ou le clavardage, lorsque c’est possible, peut rendre cette démarche un peu moins intimidante.
Offrir : une manière de penser le soutien au deuil
Lorsque les mots manquent, offrir quelque chose qui apporte un peu de stabilité peut parfois en dire davantage :
- Temps : un message régulier, un rendez-vous récurrent pour un café ou une promenade
- Énergie : une cuisine rangée, une entrée déneigée, un panier d’épicerie déjà fait
- Nourriture : quelques repas ou collations prêts a manger, pas ou peu de nettoyage
- Mémoire : une photo encadrée, une histoire partagée, un rituel à la date anniversaire
- Orientation : de l’aide pour les formulaires, les appels et les rendez-vous
- Soutien numérique (facultatif) : pour certaines personnes, la mise en place d’un outil d’accompagnement comme Solace peut offrir des rappels, des ressources et des plans d’action à leur rythme, si et quand elles s’y sentent prêtes.
De nombreux petits gestes, répétés dans le temps, créent souvent un soutien solide et rassurant.
Soutenir une personne endeuillée… et prendre soin de soi
Accompagner au deuil peut réveiller des souvenirs, des peurs ou des anciennes blessures.
Prendre soin de soi (manger, boire, se reposer, partager la charge avec d’autres proches, demander du soutien professionnel au besoin) fait partie du processus.
Se préserver permet souvent d’être présent plus longtemps et de manière plus stable auprès de la personne endeuillée.
Mot de la fin
Le deuil ne se soulage pas avec les “bons mots”.
Ce qui aide le plus, dans bien des cas, ce sont des gestes simples, répétés avec douceur :
- nommer la personne décédée
- faire une offre concrète
- continuer à être là, dans le respect de la culture, des besoins et du rythme de la personne endeuillée.
FAQ
Est-il approprié de dire le nom de la personne décédée ?
Oui, pour beaucoup de personnes endeuillées, entendre le nom de l’être cher fait du bien et confirme que le lien reste reconnu.
Lorsque la personne indique explicitement le contraire, respectez ce choix.
Combien de temps dure le deuil ?
Le deuil ne suit pas un calendrier fixe.
Pour certaines personnes, la douleur est très vive pendant des mois; pour d’autres, elle revient par vagues au fil des années.
Un soutien simple, régulier et bienveillant a souvent plus d’impact qu’une tentative de définir une « fin » au deuil.
À quelle fréquence demander des nouvelles ou proposer de l’aide ?
La fréquence dépend du lien d’attachement, de la proximité géographique et des habitudes relationnelles.
De petites attentions régulières (par exemple un message par semaine dans les deux premiers mois, puis un message mensuel, plus les dates importantes) peuvent constituer une approche douce et respectueuse.
Que faire en cas de paroles maladroites ?
Il arrive que des phrases blessantes soient prononcées malgré de bonnes intentions.
Un proche peut alors reconnaître l’erreur, présenter des excuses sincères et exprimer son souhait d’apprendre.
Cette démarche peut rouvrir le dialogue et rétablir la confiance.
Et lorsque la personne ne souhaite pas parler ?
Le refus de parler peut être une manière de se protéger.
Un soutien discret peut continuer à se manifester par de petites attentions : dépôt de nourriture sur le palier, photos du ciel ou du paysage, messages courts précisant qu’aucune réponse n’est attendue.
Et si des larmes surgissent, chez la personne ou chez l’accompagnant ?
Les larmes sont une réaction normale dans un contexte de deuil.
Dans bien des situations, un mouchoir, une présence calme et un peu d’espace soutiennent davantage qu’une tentative de « tout arranger » avec des mots.
Comment soutenir à distance ?
Même à distance, plusieurs attentions sont possibles :
textos réguliers sans pression de réponse, cartes-cadeaux pour l’épicerie ou les repas, livraison de fleurs ou de nourriture, appels vidéo, organisation d’aide locale avec l’entourage sur place,
ou abonnement offert à Solace, pour que la personne endeuillée accède, à son rythme, à des ressources et à un accompagnement logistique, administratif, et émotionnel.
Que vaut-il mieux éviter ?
Certaines attitudes risquent d’alourdir la charge émotionnelle :
- prendre ses distances par peur de déranger
- expliquer le deuil avec des formules toutes faites
- chercher tout de suite une leçon ou un « au moins »
- raconter des histoires qui amènent la personne endeuillée à devoir rassurer ou consoler à son tour
Que penser de la phrase “Je vais bien” ?
« Je vais bien » peut parfois être un réflexe de protection ou une manière d’éviter une discussion difficile.
Des messages brefs, réguliers, avec des offres d’aide concrètes, permettent de rester présent sans pression.









