Le deuil à travers les cultures et les croyances : un guide inclusif pour soutenir quelqu’un (et soi-même)

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Le deuil à travers les cultures et les croyances : un guide inclusif pour soutenir quelqu’un (et soi-même)

Le chagrin est universel. La façon de vivre le deuil est profondément personnelle ,  et souvent influencée par la culture, la foi, la famille et la communauté.

Si vous vous êtes déjà demandé : « Est-ce que je dis la mauvaise chose ? » ou « Qu’est-ce qui compte le plus dans leur tradition ? », vous n’êtes pas seul·e. Ce guide est là pour réduire l’incertitude et vous aider à être présent·e avec délicatesse ,  que vous souteniez un proche, un·e collègue, ou que vous traversiez vous-même une perte.

Une note importante : les cultures et les croyances ne sont pas des listes à cocher. Deux personnes d’une même communauté peuvent vivre le deuil de façons très différentes. Le but n’est pas d’être « parfait·e », mais d’être respectueux·se, curieux·se, et guidé·e par la personne endeuillée (et ses proches).

Définition (format “featured snippet”)

Le chagrin (ou la peine liée au deuil) est la douleur émotionnelle profonde que l’on ressent après la perte d’une personne ,  ou de quelque chose ,  d’important. C’est une réaction naturelle, et elle peut se manifester de différentes façons selon les personnes. [1]

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Ce qui aide presque tout le monde (peu importe la culture, la foi ou les convictions)

  • Miser sur la présence. « Je suis là. Je tiens à toi. Je n’ai pas les bons mots, mais je ne vais pas disparaître. »
  • Utiliser leurs mots pour parler de la perte. Certaines personnes préfèrent « est décédé·e ». D’autres « est mort·e » ou « est parti·e ». Si vous n’êtes pas sûr·e, demandez ,  puis reprenez les mots qu’ils/elles utilisent.
  • Proposer une aide concrète. « Je peux apporter le souper mardi ? » est souvent plus aidant que « Dis-moi si tu as besoin. »
  • Se souvenir des noms et des dates. Dire le nom de la personne décédée peut être vécu comme une preuve d’amour, pas comme « remuer le couteau ».
  • S’attendre à ce que le soutien change avec le temps. La première semaine peut être remplie de messages et de visites; après les funérailles, le silence peut être brutal. Mettez un rappel pour reprendre des nouvelles plus tard (ex. : 2 semaines, 6 semaines, 3 mois).
  • Éviter de comparer les pertes. Même avec de bonnes intentions, la comparaison peut blesser.
  • Demander avant d’ajouter du réconfort religieux. « Est-ce que la prière te ferait du bien ,  ou tu préfères autre chose ? »

Trois questions simples (à poser avec douceur)

  1. « Qu’est-ce qui te ferait du bien aujourd’hui ? »
  2. « Y a-t-il des rituels ou des coutumes que tu veux qu’on respecte ? »
  3. « Qui est-ce que je devrais contacter ou soutenir en premier ? » (conjoint·e, parent, tante, famille choisie, leader spirituel, ami·e)

Pourquoi le deuil peut “avoir l’air” différent selon les cultures et les croyances

Le deuil intérieur, c’est ce qui se passe en soi : émotions, pensées, réactions du corps, recherche de sens.

Le deuil extérieur, c’est ce qui se voit : rituels, rôles familiaux, vêtements, prières, veillées, rassemblements, commémorations, anniversaires.

La culture et la foi peuvent influencer le deuil de plusieurs manières, par exemple :

1) Les croyances sur la mort et “ce qui vient après”

Certain·es trouvent du réconfort dans une vision claire de l’au-delà; d’autres ressentent de la colère, du doute, ou une rupture spirituelle.

2) Des rituels qui apportent une structure quand tout est chamboulé

Les rituels ,  formels ou personnels ,  peuvent offrir un cadre, du sens, de la mémoire et un soutien communautaire. [2]

3) Qui “porte” le deuil

Dans certaines familles, la peine est partagée collectivement. Dans d’autres, elle est plus intime, contenue, ou portée par certains rôles (aîné·es, enfants aîné·es, femmes, hommes, responsables religieux, famille choisie).

4) Les émotions “acceptables” à montrer

Dans certaines communautés, les pleurs intenses, les chants, ou les manifestations visibles sont attendus et honorés. Dans d’autres, la retenue est un signe de respect, de dignité ou de force. Aucune façon n’est “plus guérie” que l’autre.

5) Les réalités pratiques autour du corps et du temps

Certaines traditions privilégient une inhumation rapide; d’autres mettent l’accent sur les veillées, les visites prolongées, ou des cérémonies sur plusieurs jours.

6) Le temps du souvenir

Les anniversaires et certaines étapes symboliques peuvent être très importantes ,  surtout quand l’entourage a l’impression que « tout est passé » alors que, pour la personne endeuillée, ce n’est pas le cas.

L’humilité culturelle : l’approche la plus inclusive (et la moins risquée)

Vous n’avez pas besoin de connaître toutes les traditions. Vous avez surtout besoin d’humilité culturelle : apprendre, réfléchir, et accepter d’être guidé·e. [2]

Quelques repères utiles :

  • Éviter les suppositions. En cas de doute, poser une question simple.
  • Être curieux·se, sans être intrusif·ve. « Ça te ferait du bien de me dire à quoi ressemble ta semaine ? »
  • Nommer votre intention. « J’ai envie de te soutenir d’une façon qui te convient. »
  • Inviter l’autre à “traduire” ses besoins. « Est-ce qu’il y a quelque chose à savoir sur les visites, la nourriture, les prières, ou l’organisation ? »
  • Ne pas forcer la proximité. Certaines personnes veulent du monde; d’autres ont besoin de calme. Les deux sont valides.

Si vous cherchez une ressource canadienne qui partage des histoires et des perspectives variées, Living My Culture peut être un bon point de départ. [3]

Quoi dire (des phrases qui “fonctionnent” dans presque tous les contextes)

Quand on ne sait pas quoi dire, visez : reconnaissance + présence + choix.

Vous pouvez essayer :

  • « Je suis vraiment désolé·e. Je tiens à toi, et je suis là. »
  • « Je n’ai pas les mots, mais je peux rester avec toi. »
  • « Tu veux en parler aujourd’hui ,  ou tu préfères qu’on pense à autre chose ? »
  • « C’est quoi une petite chose qui rendrait aujourd’hui 5 % plus supportable ? »
  • « Je passe déposer à manger à 18 h. Pas besoin de recevoir : juste accepter, c’est suffisant. »

Si vous n’êtes pas sûr·e d’utiliser des mots liés à la foi :

  • « Est-ce que ça t’aiderait qu’on prie / qu’on allume une bougie / qu’on reste en silence ensemble ? »
  • « Est-ce qu’il y a une phrase, une bénédiction, ou un geste qui te fait du bien dans ta tradition ? »

À éviter (sauf si vous savez que c’est ce que la personne veut entendre) :

  • « Il/elle est dans un meilleur endroit. »
  • « Tout arrive pour une raison. »
  • « Au moins… » (tout ce qui suit “au moins” blesse souvent)
  • « Sois fort·e. » (beaucoup de gens se sentent déjà obligé·es de l’être)

Repères (foi et traditions) ,  avec conseils de soutien

Ce sont des exemples fréquents, pas des règles. À l’intérieur d’une même foi, les pratiques varient selon les courants, les cultures, les pays, les langues et les familles.

Christianismes (catholique, orthodoxe, protestant, évangélique, etc.)

Vous pourriez voir : prières, lectures, chants, funérailles ou célébration commémorative, repas apportés par l’entourage, anniversaires.

Comment soutenir : proposer de l’aide concrète (transport, garde d’enfants, repas, coordination). Si la personne pratique, demander si elle souhaite contacter un·e pasteur·e, prêtre, ou inclure une lecture/prière.

Islam

Vous pourriez voir : forte présence communautaire, prières, et ,  dans plusieurs familles ,  une inhumation qui peut se faire rapidement.

Comment soutenir : offrir de l’aide tôt (transport, garde, courses). Demander les préférences alimentaires (ex. : halal) avant d’apporter un repas. Si vous souhaitez visiter, demander ce qui est approprié et rester simple.

Judaïsme

Vous pourriez voir : soutien communautaire important et, dans certaines communautés, des pratiques structurées de deuil (dont des temps de recueillement à la maison).

Comment soutenir : aider pour les repas et la logistique. Demander si la famille préfère des dons à un organisme plutôt que des fleurs; suivre le rythme et les consignes du foyer.

Traditions hindoues

Vous pourriez voir : rituels menés par la famille, prières/chant, rassemblements, et des pratiques de souvenir qui peuvent continuer après les funérailles.

Comment soutenir : continuer à offrir du soutien après les premiers jours ,  c’est souvent là que l’aide diminue. Proposer de l’aide sur plusieurs semaines (repas, transport, courses) et demander les coutumes de visite.

Traditions sikhes

Vous pourriez voir : prières et hymnes, soutien communautaire fort, repas partagés.

Comment soutenir : l’aide pratique est souvent la bienvenue. Si vous assistez à une cérémonie, demander les attentes (ex. : couvre-chef) plutôt que deviner.

Traditions bouddhistes

Vous pourriez voir : pratiques très variées ,  chants, méditation, offrandes, cérémonies commémoratives, étapes significatives de souvenir dans certaines lignées.

Comment soutenir : offrir une présence stable. Éviter de pousser vers “l’expression” à tout prix. Demander ce qui convient : parler, silence, rituel partagé, aide pratique.

Spiritualités et cérémonies autochtones (Premières Nations, Inuit, Métis)

Il n’existe pas une seule pratique : les traditions varient selon les Nations, les familles et les communautés. Au Canada, plusieurs personnes s’appuient sur des cérémonies, des Aîné·es/Gardien·nes du savoir, des rassemblements et des façons culturellement ancrées de se souvenir. [3]

Comment soutenir : laisser la personne endeuillée décider de ce qui est partagé ou privé. Offrir de l’aide qui diminue le fardeau. Si vous êtes invité·e à une cérémonie, demander comment participer avec respect.

Deuil laïque / humaniste / non religieux

Vous pourriez voir : célébration de la vie, rituels personnels (lettres, musique, marche en nature), repas communautaires, projets de mémoire sans cadre religieux.

Comment soutenir : éviter d’ajouter une signification spirituelle si ce n’est pas souhaité. Proposer le souvenir : « Tu veux me raconter une histoire sur lui/elle ? »

Quand la famille est multiculturelle ou interconfessionnelle

Parfois, le deuil a des couches supplémentaires : désaccords sur les rituels, barrières de langue, distance avec le pays d’origine, ou “deux bonnes façons” qui se heurtent.

Pistes utiles :

  • Nommer l’objectif commun : « On veut honorer la personne et soutenir celles et ceux qui lui étaient le plus proches. »
  • Faire du “les deux” : un rituel religieux privé + une célébration de la vie plus publique.
  • Désigner une personne responsable de la logistique (avec consultation) pour réduire les tensions et la fatigue décisionnelle.
  • Utiliser l’interprétation au besoin et garder un langage simple et direct.

Deuil non reconnu : quand la perte n’est pas pleinement légitimée

Certaines pertes sont minimisées par l’entourage, même quand elles bouleversent la vie. On parle parfois de deuil non reconnu (ou “disenfranchised grief”) : une peine qui n’est pas pleinement reconnue, validée ou soutenue socialement. [10]

Exemples :

  • décès d’un·e ex-partenaire ou d’un membre de la famille avec qui la relation était compliquée
  • fausse couche, mortinaissance, infertilité, perte de grossesse
  • deuil après une surdose ou un suicide
  • perte d’un animal
  • deuil en communautés 2SLGBTQ+ quand la famille choisie n’est pas reconnue
  • pertes “sans décès” (santé, identité, immigration, divorce, emploi)

Si vous soutenez quelqu’un dans ces situations, une validation simple peut faire une grande différence :

  • « Ça compte. Je ne vais pas classer ton deuil. »
  • « Tu n’as pas à te justifier pour avoir mal. »

Quand chercher plus de soutien (surtout si vous êtes inquiet·ète)

Le deuil peut affecter le sommeil, l’appétit, la concentration, l’humeur et la santé. C’est souvent normal, surtout au début. Mais vous méritez du soutien si ça devient ingérable, dangereux, ou si vous vous sentez “coincé·e”.

Au Canada :

  • Si vous êtes en danger immédiat, appelez le 911.
  • Si vous pensez au suicide, ou si vous êtes inquiet·ète pour quelqu’un, appelez ou textez le 9-8-8 (24/7). [4][5]
  • Pour une porte d’entrée pancanadienne vers l’information et le soutien en deuil : AboutGrief / Le Deuil. [6]

Ressources canadiennes à partager (effort faible, impact élevé)

  • Living My Culture (Canadian Virtual Hospice) : récits et repères sur traditions, spiritualité, cérémonies et deuil à travers différentes cultures et langues. [3]
  • MyGrief.ca : ressource en ligne, à suivre à votre rythme, pour traverser le deuil. [7]
  • KidsGrief.ca : repères pour aider les parents et proches à soutenir les enfants et ados endeuillés. [8]
  • Canadian Virtual Hospice : information et soutien canadiens sur les soins palliatifs, la perte et le deuil. [9]

FAQ

Est-ce que les cultures expriment le deuil différemment ?

Oui. Certaines cultures vivent le deuil de façon ouverte et collective; d’autres de façon plus privée ou retenue. Beaucoup de gens se situent entre les deux ,  et les préférences personnelles comptent autant que la culture.

Et si je ne connais pas la foi ou les coutumes de la personne ?

Commencez par l’humilité culturelle : ne pas supposer, demander doucement, et reprendre les mots que la personne utilise pour parler de la mort.

Les rituels sont-ils vraiment importants ?

Pour beaucoup de personnes, les rituels offrent structure, sens et réconfort dans une période chaotique,  et aident à honorer la personne décédée. [2]

Qu’est-ce que je peux dire de plus respectueux ?

« Je suis vraiment désolé·e. Je tiens à toi. Je suis là. » Puis proposer une aide concrète et suivre son rythme.

Comment soutenir un·e collègue en deuil avec respect ?

Reconnaître la perte, demander ce qui serait aidant au travail, éviter les suppositions sur les délais, et reprendre des nouvelles après les premières semaines (quand le soutien diminue souvent).

Où trouver du soutien en ligne au Canada ?

MyGrief.ca et AboutGrief / Le Deuil sont deux bons points de départ. [6][7]

Une pensée pour finir

Être “inclusif·ve” en contexte de deuil, ce n’est pas mémoriser toutes les coutumes. C’est rester humain·e : être présent·e, demander plutôt que supposer, et faire de la place à leur façon d’aimer, de se souvenir, et de continuer.

Sources

[1] Mental Health Commission of Canada. “Grief” (MHCC Glossary).

[2] Canadian Virtual Hospice. “Rituals to Comfort Families” (Spiritual Health topic article).

[3] Canadian Virtual Hospice. “LivingMyCulture.ca” (education resource).

[4] Government of Canada (Public Health Agency of Canada). “9-8-8: Suicide Crisis Helpline.” Novembre 2023.

[5] 9-8-8: Suicide Crisis Helpline (Canada). “Get Help” (service information).

[6] BC Hospice Palliative Care Association. “Canada’s National Grief Portal Launches Today.” 11 juin 2025.

[7] MyGrief.ca (Canadian Virtual Hospice). “MyGrief.ca” (site overview).

[8] KidsGrief.ca (Canadian Virtual Hospice). “KidsGrief.ca” (site overview).

[9] Canadian Virtual Hospice. “About Us” (organizational overview).

[10] Doka, K. J. (Ed.). Disenfranchised Grief: Recognizing Hidden Sorrow. Lexington Books, 1989.

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